Étrillé par la crise du marché européen de l’utilitaire, handicapé par des produits en fin de vie et tardivement remplacés, victime d’une trésorerie famélique, Automobiles Dangel avait dû mettre un genou à terre fin 2009 en se plaçant sous le régime de sauvegarde. En clair, Pascal Buzon, le directeur général de la PME de Sentheim, s’en remettait à la justice pour poser un diagnostic sur l’état de forme de l’entreprise et l’aider à repartir d’un bon pied. C’est chose faite : le tribunal de grande instance de Mulhouse a choisi, hier, de suspendre la procédure et de redonner son entière autonomie à l’entreprise dans le cadre d’un plan de sauvegarde sur dix ans.
« Je n’ai jamais vraiment douté, avoue Pascal Buzon, car lorsque la procédure de sauvegarde a été engagée, en octobre 2009, les commandes étaient reparties et la production des nouveaux Citroën Berlingo et Peugeot Partner était prévue pour janvier suivant. Après la très mauvaise année 2009, nous ne pouvions que repartir ! »
2009 annus effectivement horribilis, puisque Dangel a perdu plus de 40 % de son activité avec une production tombée à 1 300 véhicules au lieu de 2 500 en 2008 et un chiffre d’affaires passé de 15 M€ (millions d’euros) à à peine plus de 9 M€. Le coup est rude d’autant que le constructeur alsacien doit financer, seul, ses nouveaux produits à hauteur de 6 M€ sur trois ans.
Trésorerie ragaillardie
2010 sonnera heureusement la reprise avec 2 250 véhicules en prises de commandes, un chiffre d’affaires budgété autour de 13,3 M€ et une trésorerie ragaillardie grâce au gel des créances autorisé par la procédure de sauvegarde, mais aussi au bon démarrage du couple Partner/Berlingo déjà vendu à près de 1 000 exemplaires.
« J’ai retenu beaucoup, beaucoup de choses de cet incident de parcours et, déjà, le fait que l’on ne maîtrise pas tout », avoue Pascal Buzon, qui évoque l’impérieuse nécessité de diversifier le portefeuille clients pour rééquilibrer le carnet de commandes en diluant l’impact de chaque programme et lisser la charge de travail.
Deux dossiers ont déjà abouti : la livraison de kits transmission au Russe Sollers (ex-Serverstal), pour la transformation en 4x4 de fourgons Fiat Ducato, et l’assemblage de triporteurs à assistance électrique pour un client lyonnais. Deux débouchés très différents mais dont le patron de Sentheim espère qu’ils vont s’inscrire dans la durée. 200 kits ont déjà été expédiés vers une toute nouvelle usine installée à Kazan, en République de Tatarstan, à quelque 1 000 km de Moscou tandis que Dangel a livré une cinquantaine de triporteurs cette année et table sur 175 unités en 2011 grâce à la déclinaison « taxi » du tricycle. « Mais nous avons d’autres dossiers sous le coude », assure Pascal Buzon, qui évoque des travaux dans le domaine des motorisations alternatives et notamment l’hybridation car « il faut prendre le train à quai pour ne pas se laisser déborder technologiquement », sans pour autant « tout miser là-dessus ».
Deux certitudes, au moins : diversification ou pas, Automobiles Dangel restera positionné sur le transport et la mobilité et continuera à produire sur le site historique de Sentheim où travaillent pour l’heure une petite centaine de personnes.
Jacques Prost